01Quel rapport aviez-vous avec l’informatique avant d’en faire votre métier ?
C’était un monde dans lequel je m’évadais. Je trouvais fascinant que derrière tout ce qui nous entoure, il y ait du code, des chiffres et des lettres qui font fonctionner les choses.
Je me souviens d’un cours de technologie. Je m’ennuyais, je voulais envoyer un message à un copain, mais j’étais privée de téléphone. C’était l’époque des téléphones à clapet. J’ai bricolé quelque chose sur l’ordinateur et j’ai fini par envoyer un SMS sur le téléphone de mon ami, sans avoir moi-même de carte SIM. J’étais très fière, et incapable d’expliquer comment j’avais fait. Je savais juste une chose : ça fonctionnait.
02En 2020, vous quittez l’immobilier. Que se passe-t-il ensuite ?
J’avais envie d’essayer. J’ai quitté mon poste d’agente immobilière pour me lancer à mon compte. J’ai vendu des vêtements en ligne et créé plusieurs boutiques sur Shopify. Certaines marchaient, d’autres non.
Mais deux choses me frustraient. Dès que je voulais vraiment personnaliser un design, il fallait entrer dans le code, et je n’y comprenais rien. Et je ne voulais pas devenir l’esclave de mon propre business. J’ai tout fermé et je me suis dit : maintenant, il faut que j’apprenne.
03Apprendre à coder, c’était évident ?
Pas du tout. Au début, c’était très dur. Je découvrais aussi énormément d’anglais, que je ne parlais pas. Puis j’ai compris que l’anglais technique est une langue à part : les mêmes mots reviennent, et ils finissent par devenir naturels.
La formation m’a donné les bases : HTML, CSS, JavaScript. Le reste, je l’ai cherché moi-même. J’ai testé Python, Vue, Node, différentes façons de construire, jusqu’à trouver les technologies avec lesquelles j’étais vraiment à l’aise. Ma manière de développer, je l’ai construite en expérimentant.
04Après la formation, vous cherchez un poste de développeuse ?
Non. Je ne faisais pas cette formation pour trouver un emploi, mais pour pouvoir construire mes propres projets. L’un des premiers a été une boutique en ligne autour de la rentrée scolaire. Sans publicité, elle a attiré plus de 60 000 personnes en trois mois.
Sauf que je n’avais pas pensé le système pour une telle montée en charge. À partir d’un certain niveau, tout a lâché. Je l’ai plutôt bien vécu, parce que la leçon était claire : faire fonctionner un produit et construire un produit qui continue de fonctionner quand il grandit, ce n’est pas la même chose.
« Je ne voulais pas créer une entreprise qui ne puisse fonctionner que si je suis constamment derrière elle. »
05C’est à ce moment-là que l’intelligence artificielle arrive ?
Oui. J’ai pris le temps de réfléchir, et la vague de l’IA est arrivée. Je me suis dit qu’il fallait mettre les mains dedans. Mon premier agent était écrit en Python. Au début, il tournait en boucle et répétait « Comment vas-tu ? » sans s’arrêter. J’ai creusé, on a fini par pouvoir discuter, mais ça restait très simple.
Puis j’ai changé d’approche. Plutôt que vouloir recréer toute l’intelligence, je pouvais m’appuyer sur plusieurs modèles existants et construire une vraie architecture au-dessus.
06Pourquoi créer une agence web à ce moment-là ?
Parce que je créais déjà beaucoup : des petits sites, parfois en moins d’une semaine. J’en ai fait une vraie activité, et en travaillant avec des clients, j’ai compris leurs problèmes autrement.
Ils venaient pour un site, puis demandaient de la publicité, du référencement, des fonctionnalités sur mesure. Le besoin ne s’arrêtait jamais au site. Et je retombais toujours sur la même question : pourquoi faire dix fois à la main ce qu’un système pourrait faire correctement à notre place ? Je crois que j’ai toujours vu le monde à travers des systèmes.
07À quoi ressemblait le tout premier Koleeg ?
Beaucoup trop à ChatGPT. Plus je le regardais, plus je savais que ce n’était pas ça. Je ne voulais pas d’une boîte de dialogue de plus.
Avec ma boutique de rentrée scolaire, j’avais appris qu’une marque peut être forte, mais qu’un univers l’est encore plus. Alors j’ai mis la première version de côté et j’ai imaginé une entreprise virtuelle, de bout en bout : des collègues spécialisés, des bureaux, des rôles, une expérience dans laquelle on entre.
Koleeg n’est pas un modèle entraîné de zéro. J’utilise plusieurs modèles existants, avec une architecture et une orchestration que j’ai construites autour. Le modèle est une composante du produit. Il n’est pas le produit.
08Comment avez-vous su que des entreprises seraient intéressées ?
Par mes clients d’agence. Pendant que je développais Koleeg, je leur montrais ce que je préparais, et certains me disaient : « Quand tes collègues IA sortent, je veux tester. » Les entreprises qui m’avaient fait comprendre le problème sont devenues les premières à vouloir essayer la solution.
09Pourquoi Koleeg, plutôt qu’un projet de plus ?
Parce que je ne voulais plus recommencer éternellement à zéro. J’ai créé beaucoup de choses ; certaines ont marché, d’autres se sont arrêtées. Cette fois, je me suis imposé une règle : rester concentrée, et mettre toute mon énergie au même endroit.
Dès que j’ai commencé à créer l’univers de Koleeg, j’ai su que c’était le projet que je voulais construire depuis des années.
« Koleeg n’est jamais terminé. Je n’ai plus besoin de quitter mon projet pour en commencer un autre : je peux créer le suivant à l’intérieur. »
10Quelle est votre place chez Koleeg aujourd’hui ?
J’ai construit le produit de A à Z : l’architecture, le design, la stratégie. Pour l’instant, je suis seule dans mon entreprise, et ça me va très bien.
Le moment viendra où j’aurai une équipe. Je serai sans doute exigeante, parce que j’ai une vision très précise et que je ne veux pas qu’elle se dilue. L’enjeu sera de trouver des personnes capables de l’enrichir. J’ai posé les premières briques. Maintenant, il faut continuer.